Angélique : un corps entre terre et divin
- Manon Kolodziejczyk

- 7 mars
- 19 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 heures
J’ai choisi Angélique pour la tension rare qu’elle incarne: entre science et mystique, corps et esprit, image et connaissance.
Son univers n’est pas construit, il est vécu. Il y a dans sa présence une forme de cohérence, une intensité calme où chaque geste, chaque mot semble enraciné dans quelque chose de plus profond que l’apparence.
En Angélique, je n’ai pas seulement vu une figure, mais un langage. Un langage qui parle du sacré, du vivant, et d’une force féminine qui ne cherche pas à se prouver, mais simplement à exister, pleinement.
Ce portrait est une invitation à entrer dans cet espace.

English version below
1 Votre nom évoque à la fois la sensualité, la rébellion et l’imaginaire baroque : quelle est l’histoire derrière ce choix d’identité artistique ?
Cette identité artistique c’est imposé d’elle-même. Mon univers intérieur a toujours été nourri de figures féminines puissante et indomptable: des femmes libres, visionnaires, porteuses d’une indépendance en une foi supérieure, d’une grandeur propre, d'une sensibilité sensuelle, éprise de liberté spirituel et corporelle, de femme possédée par une danse de l’âme avec le Divin.
Angélique est née de ce besoin d’incarner cette imaginaire intérieure dans sa forme la plus pure.
À travers ce nom, il s’agit aussi d’affirmer ma croyance en ces facultés féminines : l’instinct, la perception du visible et de l’invisible, l’exacerbation des sens par la passion, et cette lecture intuitive du monde que la société a souvent tenté de contenir, d’invisibilisé ou de rendre sulfureuse.
Pour moi, Angélique s’inscrit comme une vision cosmique de la femme, située à la jonction de la nature, du sacré et de guide pour la société humaine.
Ce nom devient une force, un outil, mais surtout un langage. Il me permet de communiquer une idée de liberté totale, sans chaîne, reliée à une quête absolue de connaissance et à une forme de divinité intérieure inébranlable et incandescente.
Les mystiques du XIIIᵉ siècle, comme Marguerite Porete, Thérèse d’Avila, Angèle de Foligno, ont profondément nourri cette construction : elles expriment une sensualité spirituelle sans artifice, une fusion cosmique où le divin devient la matrice de cette matière vive.
Angélique des Anges devient ainsi un positionnement spirituel : une foi en la femme comme force mystique universelle, et foi en l’émergence possible d’une ère nouvelle, enfantée par cette conscience d’un féminin sacré mais avant tout éclairée.
2 Comment décririez-vous l’univers d’“Angélique” en quelques mots ?
L’univers d’Angélique est un espace luminal, situé entre visible et invisible.
Habité par des femmes savantes ayant fait un vœu d’élévation, de transcendance et d’étude attentive du monde qui les entoure.
Femme sphére, Femme astre. Elles cultivent autant la terre que l’esprit, enrichissant la matière autant que l’éther.
Cet univers est une cosmogonie personnelle, façonnée par l’observation, l’étude et la contemplation de la beauté comme catalyseur du divin.
Il s’agit d’un monde où les femmes sont lumière, sont savantes, où la beauté du corps féminin devient le miroir exact de la beauté du monde. Un éveil des sens, du cœur et de l’esprit, profondément relié à la connaissance du vivant, la femme primordiale est matière de création, de régénération et de reconception du monde.
3 Quel a été votre premier contact fort avec le végétal, celui qui a enclenché votre chemin vers l’herboristerie ?
Le végétal est, pour moi, intimement lié à l’enfance. Une enfance sauvage, mystérieuse, faite de parfum d’humus, de matière noire devenant vie. La plante s’impose alors comme une réponse silencieuse, une guide, une gardienne d’un savoir ancien.
Mes premiers contacts avec le végétal, sont des souvenirs vibrants, presque initiatique, qui m’ont reliée à une nature profonde, un secret primordial.
Ces moments de découverte ont agi sur moi comme une révélation : la plante devenait un miroir de ma place et de mon rôle dans le monde, une réponse intuitive à un appel intérieur longtemps présent.
4 En tant que modèle, votre corps devient un langage visuel. En tant qu’herboriste, la plante devient une forme de connaissance. Comment ces deux dimensions dialoguent-elles dans votre pratique ?
On peux considérer la plante comme une information. Un message vivant qui active, transforme. Elle agit sur des récepteurs, sur des circulations subtiles, appelant à une métamorphose du corps et de l’esprit.
De la même manière, le corps dans mon travail de modèle devient un vecteur de transformation. Il se plie à l’intention, à l’esprit, à l’élan créatif. Il est transmutation, tout comme la plante qui transforme eau, lumière et minéraux de la terre en énergie vivante.
Un dialogue se fait alors, la plante transmute la lumière en vie et le corps transmute la lumière en énergie, en reflet d’une transformation intérieur alors visible.
5 Que vous apprend l’herboristerie sur la beauté, et que vous apprend la beauté sur l’herboristerie ?
L’herboristerie enseigne la notion d’harmonie universelle.
L’harmonie des formes, l’harmonie des composées chimique d’une plante dans son entièreté.
Chaque plante délivre un message, et souvent, lorsqu’on observe ses principes actifs, on découvre un équilibre interne remarquable. Parfois les effets secondaires d’une plante sont contrebalancés par d’autres molécules de la même plante. C’est une leçon d’intelligence du vivant.
Qui transmet alors l'idée qu'une dysharmonie deviens alors l’expression de la maladie et que le soin par le message végétal n’est pas seulement là pour intervenir sur le symptôme mais pour réintroduire une harmonie qui a été rompue.
La beauté, quant à elle, ne peut exister sans cette harmonie.
Il n’y a pas de beauté du corps sans beauté de l’esprit. Ingérer de la beauté spirituelle et de la beauté “organique”, c’est nourrir le corps par le vivant, qui exprimera une santé profonde, une régénération globale, et par cette harmonie retrouvée, reflètera alors une beauté reflet d’harmonie.
6 Les plantes ont souvent une symbolique émotionnelle. Y en a-t-il une qui reflète le mieux votre personnalité ?
Une femme à plusieurs facettes tantôt lumière et ombre, me limiter à une plante serait assez réducteur.
J’en exprime plutôt une trinité forte en mon cœur : la rose, le lys et l’achillée millefeuille.
La rose solaire, sensuelle, mariale, elle est parfum charnel, couleur et forme, elle représente la mémoire mystique, le désir, l’offrande de soi, la douceur et la douleur de l’épine.
Le Lys lui est pureté maitrisé, contemplation silencieuse, divinité, transcendance et élévation, prière intime, retenue et silence, présence et abandons, spiritualité, protection, et verticalité.
L’achillée millefeuille est sauvage, sorcière, relié au sang, au mouvement, à la purification, terrestre et intense, elle connait les blessures intérieures profonde, arrête ou active le flux vital, elle est mémoire des ancêtres.
Si je devais être une plante, je serais l’entrelacement de ces trois forces: sensualité, pureté et liberté.
7 Votre iconographie mêle souvent douceur, sensualité et nature. Quelle place accordez-vous au rituel dans la construction de vos images ?
Le rituel est pour moi fondamental à un équilibre. Je pense à ces rituels que l’on intègre au cours d'une vie de femme, elles sont initiées à des rituels du corps, du temps, de la lumière. La préparation de notre enveloppe au monde extérieur, nous permettre de trouver notre place au milieu du grand tout, de nous préparer à ce plongeon dans le Divin.
Ces rituels sont fondamentaux dans le travail de modèle, harmoniser son corps et son esprit pour présenter sa forme la plus éclatante au monde.
Par ma formation d’herboriste je peux puiser dans la tradition pour m’accompagner dans ce rythme de jour et de nuit, avec des outils pertinant selon mes besoins, par les huiles essentielles quintessence d’une plante aromatique, qui permette à la fois l’ancrage et l’élévation. Puis par d’autres extrait de plante, et de bourgeons, pour corrigés, accompagné mon énergie, mes cycles.
Les plantes sont des subtiles compagnon de route, talisman olfactif et spirituel. Qui font partie de mes rituels personnelles. M’écouter et choisir les gardiens de ma journée.
Mon talisman végétal favori est un mélange de néroli, santal jaune et myrrhe. Il agit comme un rappel, une continuité vibratoire, un fil invisible entre mon corps et mon âme, pour me ramener à mon moi intérieur.
8 De quoi est faite votre “matière inspirationnelle” du moment ?
Ma matière inspirationnelle est avant tout poétique.
Les poésies mystiques qui explorent le spirituelles nourrissent profondément mon imaginaire, je peux vous citer :Hadewijch d’Anvers, William Blake, Novalis, Maître Eckhart, Emily Dickinson, Catherine de Pozzi, Nerval, Simone Weil, Yeats .… Des poétes et poétesse qui exprime cette quête profonde et ésotérique, de communion avec le divin.
Les figures féminines mystiques “chrétienne” ont aussi une place majeure dans ma construction et je m’identifie quelques parts à leurs voix. Comme Juana Inés de la Cruz, Marguerite Porete, Mechthilde von Magdeburg, Hildegarde de Bingen, qui ont été dans mon cheminement, un bouleversement profond, qui as mis les mots sur des pensées que je pensais inexprimable par l’humain. Enfin ma soif de symbolisme mystique ce trouve dans divers littérature alchimique et cosmique, Kepler, John Dee, Angelus Silesius, Jakob Bohme, Paracelse… tout aussi indissociable de ma personne.
Cette matière de connaissance d’exploration spirituelle et céleste est un pilier, une source à laquelle je reviens inlassablement, des phrases anciennes, des vers murmurés dans le secret, une présence qui fait échos à ma vérité personnelle.
Ces écrits sont des présences faites de feu, de silence, et incandescente éternelle.
9 Avez-vous une méthode personnelle pour créer un espace dans lequel vous pouvez vous sentir à la fois femme, herboriste et artiste ?
Cette espace ce trouve en soit. J’aime profondément l’idée de « Une chambre à soi » chère à Virginia Woolf : un espace inviolable, intime, et sacré.
Cet espace peut être une pièce matérielle ou mentale, qui peut être contenue dans une simple boite, que l’on peut comparer à un autel portatif.
J’aime y rassembler de petits objets : coquillage, plante séchée, mue de serpent, pierre, bougie, parfum. Cette boîte devient une chambre spirituelle mobile, une bulle intérieure, un micro-sanctuaire qui me permet de me retrouver avec une partie sacrée de mon être. Il suffit de cette présence capsule à mes coté pour activer cet espace intérieur et me reconnecter à mes aspiration.
10 Comment conciliez-vous votre amour du végétal avec une pratique du mannequinat parfois éloignée des préoccupations écologiques ?
Introduire des valeurs “écologique” que je dirais plutôt “sensible “dans le monde de l’image n’est pas une contradiction même si elle requière de la conviction et une certaine forme d’idéalisme.
Je crois qu’utiliser mon image pour porter des valeurs justes et sacré en présentant son corps sa vulnérabilité et aussi le reflet la fragilité de notre monde.
Par des voix comme la mienne j’essaie de transmettre cette idéale d’un nouveau monde, ayant pour amour l’art du geste du beau, de l’humble et de la conscience, qui sera une vision d’avenir pour tous. Plus que d’être uniquement mannequins je peux aussi être un vecteur, et laisser infuser à travers chaque image ce respect silencieux d’un monde qui nous a vu naitre dans une grâce divine.
11 Y a-t-il une plante, un jardin, une forêt ou un paysage qui joue un rôle spirituel dans votre vie ?
Mon rapport à la nature est profondément ancré dans l’enfance. Une enfance sauvage, où le paysage de la Nature devient un cosmos intérieur, où l’intime et le naturel se confondent et ce sacralise entre les colonnes d’arbres creux.
Mon espace spirituel n’est pas un lieu unique, mais une superposition de paysages traversés : ruisseaux, montagnes, chemins, arbres rencontrés au fil du temps.
J’ai toujours été sensible à ces conceptions philosophiques — de Rousseau à Descartes — qui envisagent l’éducation et la construction de l’être dans un rapport total au sauvage. Je crois profondément que nous portons tous un enfant sauvage en nous, même si certains l’ont oublié.
Chaque lieu de Nature possède, selon moi, une strate spirituelle. Tout espace peut devenir temple. L’être humain à cette capacité extraordinaire de relier le terrestre et le céleste, de sacraliser le monde par le regard et l’intention qu’il pose. Un arbre devient objet sacré lorsqu’on le regarde comme tel. Cette capacité de sacralisation est une force perdue que je tente de préserver et de cultiver.
12 Quelle petite action de beauté écologique recommanderiez-vous au quotidien, même aux citadins les plus débordés ?
J’ai toujours dans mon sac un petit sachet de toile rempli de graines. C’est un geste simple, presque enfantin, mais profondément symbolique. En observant attentivement les sols, les parcs, les jardins, on trouve toujours une cosse, gousse, une capsule, un don laissé par une plante : une mémoire de vie en dormance.
Les graines sont des artefacts de vie. Elles concentrent une énergie vitale immense, silencieuse. J’aime les récolter, les conserver, et parfois les disperser dans un lieu qui m’inspire — un talus, un bord de chemin, une terre nue.
C’est un geste simple, poétique, presque anonyme. Peut-être que rien ne poussera, peut-être qu’un jour la vie surgirat pour nous emerveillée. Une bonté pure et de bénédiction envers la vie. C’est un acte de foi dans la continuité du vivant, une création discrète qui s’étend bien au-delà de soi, une promesse d’une couleur future sur un sol oublié.
13 Une plante que tout le monde sous-estime mais qui mérite d’être regardée autrement ?
L’ortie est pour moi une plante fascinante et injustement mal aimée. Elle est reminéralisante, nourricière, riche en protéines et en minéraux, avec un tropisme marqué pour les tissus conjonctifs, les tendons, les ligaments.
Son aspect urticant est ce que l’on retient en premier, souvent dès l’enfance, dans un souvenir douloureux. Pourtant, ce pouvoir piquant a aussi été utilisé de manière thérapeutique pour réactiver la circulation nerveuse et sanguine dans des zones affaiblies.
L’ortie est une plante du peuple, une plante de survie, de tradition, de folklore. Elle nourrit, elle soigne, elle protège. Écologiquement, elle est essentielle : elle régénère les sols, abrite insectes, chenilles, papillons. Elle incarne une générosité discrète, une force protectrice invisible, j’aime ce don invisible, discret, une noblesse dans sa présence, un enseignement par sa symbolique.
14 Une espèce dont l’histoire ou les propriétés vous fascinent au point d’en faire une muse récurrente ?
Je pourrais répondre par une famille entière : les Apiacées. Elles regroupent de nombreuses plantes médicinales essentielles, notamment pour les sphères digestive (intérieur) et apaisante (extérieure).
Une plante plus precisement s’impose dans cette famille : l’angélique. Grande, imposante, dotée d’ombelles aériennes semblables à des nuages, elle est à la fois ancrée et céleste, ombre et lumiére. Elle possède une action profonde sur le féminin — hormonale, régénérante — tout en étant digestif et réconfortante.
L’angélique est intimement liée au sacré. Utilisée dans les abbayes, les jardins monastiques, elle porte un nom absolument sublime : Angelica archangelica. Elle est la plante des archanges, du salut, du lien entre ciel et terre, elle montre qu’il ne faut pas renier l’humus profond des forêts pour s’élever vers le ciel. Elle est pour moi une muse constante, autant symbolique que médicinale.
15 Si vous deviez créer un herbier émotionnel, quelles seraient les trois plantes qui représentent votre parcours ?
L’achillée millefeuille serait la première. Plante des terres pauvres, sèches, ensoleillées, elle agit sur le sang. Elle est reliée à Diane chasseresse, à une féminité sauvage, presque indomptée. C’est mon anima premier.
La rose vient ensuite. Sensuelle, épineuse, ambivalente. Elle incarne l’amour, le parfum, la protection, la complexité de la passion du féminin vécu. Sa douleur et son besoin de défense, d’expression. C’est un archétype indissociable de mon genre.
Enfin, le Lys, représente une forme de sagesse acquise, de bénédiction. Un divin plus froid, plus céleste, plus contenu. Une spiritualité maîtrisée. Ce serais le reflet de mon âme fantasmé mon animus.
Ces trois plantes mettent bien en lumière ma réflexion et mon parcours de vie : sauvage, sensuel, et sacré. Du sang vers le cœur, du cœur vers l’esprit.
16 Où se situe la frontière entre vous et “Angélique” ? Est-elle un masque, une extension, une protection, un exorcisme… ou un miroir ?
Angélique n’est ni un masque ni un exorcisme. Elle est avant tout un miroir et une protection. Je la perçois comme un nom de baptême, au sens spirituel. Comme lorsqu’on entre dans les ordres et que l’on abandonne son nom civil pour prendre le nom d’un saint.
Angélique est le passage d’une individualité sociale vers une anima complète. Elle incarne une pensée féminine puissante, habitée, profondément spirituelle et intellectuelle. À travers elle, je cherche à faire émerger un féminin capable de crée, réparer, protéger, de laver symboliquement un monde vidé du sens sacré.
Elle est un phare vers une incarnation de soi.
17 Quelles attentes projette-t-on sur vous à travers cette esthétique baroque et romantique, et comment jouez-vous avec ces projections ?
On projette souvent sur moi l’image d’une apparition : une femme qui semble sortie d’un tableau ancien, d’une gravure oubliée, d’un rêve préraphaélite. Avec cela vient toute une série d’attentes : être muse, être pure, être disponible, être “au-dessus” des contingences du monde.
J’accueil cela avec beaucoup de bienveillance car ces projections sont indissociables de ma personne, et de mes influences artistiques, j’en joue aussi mais je sais m’en défaire pour retrouver un peu plus de simplicité dans l’expression de mon corps et aspire à me defaire un peu de ces schémas pour m’approprié un peu plus mon image. Tout du moins, les projets les plus beaux, devienent une collaboration: entre fantasme et incarnation de l’être, où l’imagerie baroque qui m’entoure vie dans l’instant présent.
C’est là que naît une véritable alchimie : lorsque mon monde intérieur, rencontre celui de l’artiste, du photographe ou de la marque. Par cette rencontre on peut aboutir à une image qui ne flatte pas seulement l’œil, mais qui laisse une empreinte dans l’âme.
Même lorsque la direction artistique s’éloigne de mon univers, quelque chose subsiste : une douceur, un regard, une présence. Cette trace ne peut être totalement effacée. J’espère qu’elle permet d’ancrer le médium photographique dans quelque chose de plus noble, de plus pensé, de plus durable.
18 Quelle est la chose la plus surprenante qu’on ignore généralement à votre sujet ?
Peu de personnes savent que mon quotidien se déroule principalement dans un milieu purement scientifique. Assez loin du monde de l’image, mon temps est rythmé par des valeurs de rigueur, d’observation et d’expérimentation. Je n’ai reçu aucune formation artistique académique : ce que je manifeste aujourd’hui est le fruit d’un chemin solitaire, fait de recherche intérieure, d’acharnement silencieux et d’expérience incarnée.
J’ai choisi très tôt la voie scientifique, attirée par les structures invisibles, et le vivant, par ces lois cachées qui gouvernent les corps et les systèmes. Pourtant, pour moi, la science de l’esprit n’a jamais été séparée de la science du divin. L’une éclaire la matière, l’autre éclaire l’âme, et c’est dans ce dialogue que je me reconnais.
Cet environnement, éloigné du glamour du monde de l’image, m’a appris l’humilité que je cultive. Il oblige à une lucidité permanente face au réel. Je crois que cette discipline m’a forgé une aura particulière : une intransigeance calme, portée par une curiosité sans fin qui ne cherche pas à séduire, mais à incarner.
Ce contraste entre science dure, univers visuel et dimension mystique surprend souvent. Pourtant, je pense m’inscrire dans une vision héritée de la Renaissance, lorsque l’ensemble des penseurs, scientifiques et artistes œuvraient ensemble à l’élévation de l’esprit. C’est cette idée de connaissance totale que m’inspire, me porte, exprime au mieux ce cheminement intérieur.
19 HORMÊ explore l’élan vital. Quelle est cette énergie qui vous met en mouvement ?
L’élan qui m’anime est une flamme blanche faite de ferveur, et de transmutation vitale une lumière douce et intense par sa puissance, elle enfante, elle régénère, elle transforme la matière du monde en quelque chose de plus noble.
Cette flamme est faite de figure archétypale ; femmes soleil, femme lune, femme monde : elles font le pont entre les savoirs anciens, elles sont les médiatrices entre les règnes visibles et invisibles. Les femmes passées, présentes et futures y coexistent, liées par une même vibration de transmission.
C’est une énergie qui pousse à relier le microcosme au macrocosme, à inscrire chaque geste individuel dans un mouvement plus vaste. À réintroduire de l’harmonie, du sens et de la beauté dans un monde fragmenté. Cet élan est à la fois intime et cosmique, à la place même de la naissance de notre monde de notre humanité, il naît du cœur pour s’étendre vers le monde.
20 Quel type de projet, de rencontre ou de collaboration vous enthousiasme aujourd’hui ?
Ce qui m’enthousiasme aujourd’hui, ce sont les projets porteurs d’une vision. Des créations qui défendent le beau comme nécessité, l’imaginaire comme force structurante, et la créativité comme acte presque sacré.
Je suis attirée par les rencontres avec des artistes, des maisons, des marques ou des poétes qui souhaitent transformer notre regard sur le monde. Des entités capables de questionner, de proposer d’autres manières d’habiter le réel, et de participer consciemment à la naissance d’un monde nouveau.
Un monde qui se construit à travers chacun de nous. Qui repose sur un équilibre entre la science, le sacré, le bien, la nature et l’art. Une foi profonde, une confiance dans l’intelligence du vivant et dans la capacité humaine à réenchanter ce qui a été vidé de sens.
Je crois profondément en une science mise au service des Arts sacrés, en une connaissance qui soigne autant qu’elle éclaire. Peut-être est-ce là l’un des fondements d’une nouvelle ère : une civilisation où savoir et beauté cessent de s’opposer pour redevenir indissociables.

Credit photo: Andy Julia
English Version
1. Your name evokes sensuality, rebellion, and a baroque imagination. What is the story behind this artistic identity?
This artistic identity imposed itself naturally. My inner world has always been shaped by powerful, untamed feminine figures-free, visionary women, carrying independence rooted in a higher faith, a sense of inherent grandeur, a sensual sensitivity, and a longing for both spiritual and physical freedom. Women inhabited by a dance of the soul with the Divine.
Angélique was born from the need to embody this inner imaginary in its purest form.
Through this name, I also affirm my belief in feminine faculties: instinct, perception of the visible and the invisible, the intensification of the senses through passion, and this intuitive reading of the world that society has often tried to contain, obscure, or render subversive.
For me, Angélique represents a cosmic vision of womanhood, at the intersection of nature, the sacred, and a guiding force for human society.
This name becomes a strength, a tool, but above all a language. It allows me to express an idea of total freedom, unbound, connected to an absolute quest for knowledge and to an unshakable, incandescent inner divinity.
The mystics of the 13th century, such as Marguerite Porete, Teresa of Ávila, and Angela of Foligno, deeply nourished this construction: they express a raw spiritual sensuality, a cosmic fusion where the divine becomes the matrix of living matter.
Angélique des Anges thus becomes a spiritual position: a belief in woman as a universal mystical force, and in the possible emergence of a new era, born from an awakened sacred feminine.
2. How would you describe the world of “Angélique” in a few words?
The world of Angélique is a liminal space, situated between the visible and the invisible.
It is inhabited by learned women who have taken a vow of elevation, transcendence, and attentive study of the world around them.
Women as spheres, women as stars. They cultivate both the earth and the spirit, enriching matter as much as ether.
This universe is a personal cosmogony, shaped by observation, study, and contemplation of beauty as a catalyst for the divine.
It is a world where women are light and knowledge, where the beauty of the female body becomes the exact mirror of the beauty of the world, an awakening of the senses, the heart, and the mind, deeply connected to the knowledge of life. The primordial woman becomes a material of creation, regeneration, and the rethinking of the world.
3. What was your first strong encounter with plants, the one that set you on the path to herbalism?
For me, the plant world is intimately linked to childhood. A wild, mysterious childhood, filled with the scent of humus, of dark matter becoming life.
The plant then appears as a silent answer, a guide, a guardian of ancient knowledge.
My first encounters with plants are vivid, almost initiatory memories, which connected me to a deeper nature, to a primordial secret.
These moments acted as a revelation: the plant became a mirror of my place and role in the world, an intuitive response to a long-standing inner call.
4. As a model, your body becomes a visual language. As an herbalist, the plant becomes knowledge. How do these two dimensions interact?
A plant can be understood as information: a living message that activates and transforms. It acts on receptors, on subtle circulations, calling for a metamorphosis of body and mind.
In the same way, the body in my modeling work becomes a vector of transformation. It bends to intention, to spirit, to creative impulse. It is transmutation, just like the plant that transforms water, light, and minerals from the earth into living energy.
A dialogue emerges: the plant transmutes light into life, and the body transmutes light into energy: a visible reflection of an inner transformation.
5. What does herbalism teach you about beauty, and what does beauty teach you about herbalism?
Herbalism teaches the notion of universal harmony.
The harmony of forms, the harmony of a plant’s chemical composition in its entirety.
Each plant delivers a message, and when observing its active compounds, one often discovers a remarkable internal balance. Sometimes the side effects of a plant are counterbalanced by other molecules within the same plant. It is a lesson in the intelligence of life.
This conveys the idea that disharmony becomes the expression of illness, and that healing through the plant message is not only about addressing symptoms, but about restoring a broken harmony.
Beauty, in turn, cannot exist without this harmony.
There is no beauty of the body without beauty of the spirit. To ingest spiritual beauty and “organic” beauty is to nourish the body through life itself, which then expresses deep health, global regeneration, and reflects a beauty born of harmony.
6. Plants often carry emotional symbolism. Is there one that best reflects your personality?
As a woman of many facets: both light and shadow, limiting myself to one plant would be reductive.
I rather express a trinity: the rose, the lily, and yarrow.
The rose is solar, sensual, Marian: carnal fragrance, color and form. It represents mystical memory, desire, self-offering, the softness and pain of the thorn.
The lily is mastered purity, silent contemplation, divinity, transcendence, elevation, intimate prayer, restraint, silence, presence and surrender, spirituality, protection, and verticality.
Yarrow is wild, witch-like, connected to blood, movement, purification, earthy and intense. It knows deep inner wounds, regulates vital flow, and carries ancestral memory.
If I were a plant, I would be the intertwining of these three forces: sensuality, purity, and freedom.
7. Your imagery blends softness, sensuality, and nature. What role does ritual play in your work?
Ritual is fundamental to balance.
I think of the rituals integrated throughout a woman’s life: rituals of the body, of time, of light. Preparing our body for the outside world, finding our place within the whole, preparing for a plunge into the Divine.
These rituals are essential in modeling: harmonizing body and spirit to present one’s most radiant form. Through herbalism, I draw from tradition, essential oils, plant extracts, buds—to support my rhythms, my energy, my cycles. Plants are subtle companions, olfactory and spiritual talismans, part of my personal rituals, choosing the guardians of my day.
My favorite plant talisman is a blend of neroli, yellow sandalwood, and myrrh—a vibrational thread between my body and soul.
8. What currently inspires you?
My inspiration is primarily poetic.
Mystical poetry deeply nourishes me: Hadewijch of Antwerp, William Blake, Novalis, Meister Eckhart, Emily Dickinson, Simone Weil, Yeats… Mystical female figures such as Juana Inés de la Cruz, Hildegard of Bingen, and Marguerite Porete have also profoundly shaped me.
Alchemy, cosmology, esoteric texts—this knowledge forms a constant source I return to.
These writings are presences made of fire, silence, and eternal incandescence.
9. Do you have a personal method to create a space where you can be woman, herbalist, and artist?
This space exists within.
I deeply resonate with Virginia Woolf’s idea of “a room of one’s own”, an inviolable, intimate, sacred space. It can be physical or contained in a simple box, like a portable altar.
I gather small objects: shells, dried plants, snake skins, stones, candles, perfumes. This becomes a mobile sanctuary: a capsule that reconnects me to my inner sacred self.
10. How do you reconcile your love of plants with modeling, which can feel disconnected from ecological concerns?
Introducing ecological, rather, sensitive, values into imagery is not a contradiction, though it requires conviction. I use my image to carry values, to reflect both beauty and the fragility of the world.
Each image becomes a silent transmission of respect.
11. Is there a landscape that plays a spiritual role in your life?
My relationship to nature is rooted in childhood.
Nature became an inner cosmos, where the intimate and the natural merge and become sacred. My spiritual space is not a single place, but a layering of landscapes: streams, mountains, paths. Any place can become a temple. It is through intention that we sacralize the world.
12. A simple ecological beauty gesture you recommend?
I always carry a small pouch of seeds. It is a simple, poetic act: an offering to life. A quiet faith in the continuity of the living.
13. A plant that is underestimated?
Nettle.
Fascinating and misunderstood, deeply nourishing and ecologically essential. It embodies a discreet generosity and protective force.
14. A plant that fascinates you as a muse?
Angelica (Angelica archangelica). A plant both rooted and celestial, deeply sacred, linking earth and sky.
15. Your emotional herbarium?
Yarrow, rose, and lily. Wild, sensual, and sacred: a journey from blood to heart to spirit.
16. Where is the boundary between you and “Angélique”?
She is not a mask, but a mirror and a protection. A passage from social identity to a complete anima.
17. What projections do people place on you, and how do you engage with them?
People often see me as an apparition, like a figure from an old painting.
I embrace these projections, but also move beyond them. True alchemy happens when my inner world meets that of an artist, creating images that leave a trace in the soul.
18. What is something surprising about you?
Few know that my daily life is rooted in a scientific environment. I am self-taught artistically. Science and mysticism are not opposed: they illuminate each other.
19. What is your vital force?
A white flame, gentle yet powerful. An energy that connects microcosm and macrocosm, bringing harmony and meaning.
20. What kind of projects inspire you today?
Projects driven by vision. Where beauty, imagination, science, nature, and the sacred come together to shape a new world.

Credit photo: Andy Julia


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